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La Gouvernance des entreprises à l’aune du Covid19

Mis à jour : mars 18

#11 - Un dialogue bienveillant entre Michel Paolucci et Viviane Neiter de l'Académie des Alchémistes

Crédit photo : TF1

Michel Paolucci : Covid-19 sera-t-il un antidote au « mal moral » de nos sociétés, accélérateur pour un nouveau crédo de la gouvernance d’entreprise : « people before profit » ?

Vivianne Netter : La gouvernance change lentement de paradigme tout d’abord sous la pression des investisseurs institutionnels, contrairement à Larry Fink, le charismatique président de Blackrock qui en guise de capitalisme responsable a pour objectif principal de maximiser ses profits à court terme. La montée en puissance des parties prenantes tant internes (employés) qu’externes (clients, fournisseurs, société civile, …) favorisée par les réseaux sociaux, le « 5ème pouvoir », accentue cette évolution : même Blackrock se doit de surveiller attentivement les actions de ces stakeholders pour ne pas mettre en risque la rentabilité de ses actifs.


Michel Paolucci : L’irruption du virus Covid-19 va-t-elle être le 3ème facteur, l’accélérateur de l’évolution de la gouvernance ?

Vivianne Netter : N’en va-t-il pas de la pérennité, voire de la survie à court et à long terme des entreprises ? Dans les années 70, la responsabilité sociale de l’entreprise est de réaliser du profit. En 1976, nait la théorie de la relation d’agence, un contrat par lequel le principal (ici les actionnaires) engage une autre personne l’agent (ici les dirigeants) pour exécuter en son nom une tâche. Les possibles conflits d’intérêts existants entre ces 2 pouvoirs font ressortir la nécessité de créer un 3ème pouvoir, celui du contrôle exercé par une entité extérieure (conseils d’administration ou de surveillance). Au fil du temps, à cause de la pression des autres parties prenantes absentes du schéma classique de gouvernance, on a observé de nouvelles formes d’activisme : les investisseurs socialement responsables ont adopté une vision plus long terme, le stakeholder engagement a pour volonté de rétablir la confiance. Le benefit corporations, intégrant l’avis des parties prenantes aux USA dès 2010, l’apparition de comités de parties prenantes (en France, également) et d’entreprises à mission grâce à la loi Pacte, démontrent un point d’inflexion.


Michel Paolucci : L’effet Covid19 sur la gouvernance sera-t-il un retour vers la défiance extrême entre les acteurs ou la prise de conscience de l’impérieuse nécessité de travailler ensemble à des solutions ?

Vivianne Netter : Comme l’écrivait Pascal Picq hier matin dans Sud-Ouest, « l’homo sapiens se voit trop souvent en chef-d’œuvre de l’évolution. Il serait temps qu’il réalise qu’il est l’hôte d’une nature et d’une évolution où dominent les micro-organismes, dont les bactéries et les virus ». De fait, tous les acteurs de la gouvernance devraient reconnaître que les manquements des politiques environnementales, sociales et de gouvernance d’entreprise (ESG) représentent des risques majeurs et infligent aux populations civiles, donc au monde financier, des externalités négatives, qu’un débat mondial honnête et non pas du green washing est nécessaire entre toutes les parties prenantes sur la doctrine de la primauté des actionnaires et de la vision étroite des sociétés comme des machines à cash. Se posera la question d’adopter des lois (hard law) ou de se contenter de codes de bonnes pratiques (soft law reposant sur le fameux « comply or explain »).

Cette nouvelle doctrine devrait adopter le credo « people before profit » attestant que les entreprises servent les intérêts de leurs « parties prenantes » ainsi que de leurs actionnaires, parties prenantes elles-mêmes. La grave crise sanitaire doit amener les entreprises à travailler ensemble sur les risques humains, sociaux, géopolitiques et climatiques de leurs activités. Ne devrait-on pas accepter une responsabilité élargie du conseil d’administration pour les questions concernant l’ESG, la durabilité, la finalité et la culture et une collaboration avec le pouvoir exécutif pour intégrer ces facteurs dans la stratégie ?

Cette nouvelle ère doit nous amener à adopter de nouvelles règles de gouvernance et à nous adapter à un monde instable, en pariant sur la Bienveillance. Alain Renaudin, Alchemist Member, dont la base line est « Get inspired by nature to rebuild the future » en est aussi convaincu. « Le monde change, plus vite que jamais. Il nous entraine et nous rattrape. Jamais l’immobilisme et le conservatisme n’ont été aussi risqués ; l’exigence de renouvellement et de réinvention à ce point vital ». N’oublions pas les propos du naturaliste Charles Darwin, « les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements.”


Equipe de publication : Henri Lastenouse et Karine Lazimi Chouraqui

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