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Dessine moi le « monde d'après » entre risques, innovations et bienveillance...

#47 - Dessine-moi le monde d’après #12 d' Antoine Vaccaro par Karine Lazimi Chouraqui et Henri Lastenouse de l'Académie The Alchemists


Crédit photo : Unsplash.com

Individuation et bienveillance

L’individu dans nos sociétés, dites occidentales, vit un moment plus que singulier qui voit l’effondrement d’un grand nombre de ses certitudes.


Depuis 500 ans, parce que les philosophes des lumières ont su ré-interpréter, pour le livrer au monde, le message judéo-chrétien de la primauté de l'individu dans l'affirmation de ses désirs, de sa liberté de penser, de religion et de mœurs, le capitalisme, rejeton du mercantilisme est parvenu à s’imposer comme modèle unique.


Après la faillite de la dernière utopie, cette tendance historique s'affirme sans réelle contestation, à l'exception sans doute des derniers soubresauts de l'islam radical.

Mais sommé de s'assumer, de prendre en charge ses choix, son destin, son bonheur dans la solitude de cette nouvelle aliénation, l'individu, en colère, interpelle les institutions dont il attend: sécurité, santé, emploi, logement dans un monde dont l'économie générale lui échappe de plus en plus, et dont les structures d'intermédiation ne lui semblent plus en mesure de répondre à ses questions.


Le marché n'a cure de s'intéresser à la morale, à l'éthique et au mode de vie de l'individu. Ce qui l'intéresse c'est le consommateur solvable. Car le marché digère tout.


Mais nous sommes allés si loin dans l'individualisme que l'individu isolé considère que le collectif a une dette envers lui. Ce retournement historique, découlant du désenchantement du monde, signale une perte de sens liée au fait que la religion n'est plus le principe explicatif du monde. A une époque enchantée par le divin, succède une époque dont le sens est porté par la science et la technique au travers de la figure du progrès : notre modernité.

Mais cette modernité technoscientifique, qui nous faisait miroiter la réduction de l’incertitude et du risque grâce au contrôle de la nature, a déçu, en retournant ses promesses en menaces : sociales, éthiques (et bioéthiques), politiques, environnementales et climatiques.


La pandémie que nous vivons est la plus grande démonstration de cet échec.


Dans ces conditions, pour la grande majorité des individus, ce n'est ni la performance, ni la méritocratie qui régissent ces rapports, mais autre chose d'incompréhensible, mis au passif du grand capital pour certains, sur le compte des hommes de l'Etat pour d'autres et, en tout état de cause, d'une injustice faite à l'individu isolé.


Alors, puisque la grammaire dont il dispose ne lui permet plus ni de comprendre le monde, ni de participer de façon "logique" à l'échange marchand, il se tourne de plus en plus fréquemment vers une modalité d'échange symbolique, le don. Un échange qui en appelle à l’altruisme, au bienfait et à la bienveillance.


Espérons que cet espoir ne sera pas déçu.



Equipe de publication : Henri Lastenouse et Karine Lazimi Chouraqui


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